Il était une fois, dans une vieille mairie, un petit maire bedonnant, qui avait un air jovial et avenant… Enfin avec les gens de sa cour…
Paternel et un brin condescendant avec les anciens, il adressait de grands sourires aux plus jeunes lorsqu’ils étaient accompagnés de leurs parents ou du moins, d’un des deux…
Il s’occupait beaucoup de ceux qui pouvaient avoir une quelconque influence sur leurs semblables et assistait à toutes leurs fêtes, au cours desquelles, il caressait, il cajolait, il promettait…
Il faut comprendre, que de nouvelles élections auraient bientôt lieu (le temps passe si vite au pays de cocagne) et que le petit maire bedonnant ne se bidonnait pas du tout à l’idée qu’il pourrait ne pas être réélu.
Il faisait pourtant tout ce qu’il pouvait pour cacher la dette, les trous dans les routes, les trottoirs défoncés, les luminaires dangereux, les passages piéton non repeints, les papiers sales, les feuilles mortes qui traînaient partout, bref tout ce qui déprimait ses administrés.
Il n’avait pas envie de gâcher son précieux argent pour remettre tout cela en ordre…
Il avait de grands projets pour du neuf, des constructions, des jardins, la rénovation de son hôtel de ville…
Il voulait des inaugurations, des discours, des flatteries, de l’admiration. Il méritait bien cela.
Il avait remplacé le Vieux Chef et s’appliquait à faire comme lui, mais en mieux. Car il était mieux. Pas de doute là-dessus.
Ainsi donc, il aurait vécu heureux et content, s’il n’y avait pas eu une bande de quelques nains de jardins, aussi -pensait-il- minables et sectaires les uns que les autres, qui le contrariaient à tout moment.
Il ne voyait plus qu’eux, tellement il les trouvait laids, différents.
Il leur trouvait de petits yeux méchants qui sans cesse le guettaient, ce qui le mettait mal à l’aise.
Il leur trouvait de trop longues oreilles qui sans cesse écoutaient, ce qui le déprimait.
Il leur trouvait une curieuse conception de la chose publique. Ils voulaient tout faire dans les règles, ils voulaient toujours appliquer la loi !!! Ils pensaient même pouvoir modifier ses décisions !
Il leur trouvait une plume trop acérée, aiguisée qui le déchirait. Bref il ne les supportait plus.
Un jour, donc, il décida de s’en débarrasser. Il réfléchit longuement, puis pensa qu’il avait trouvé…
Comme il n’avait pas beaucoup d’imagination, il conçut tout d’abord le projet de ne plus les convier dans sa mairie. Il n’avait pas besoin d’eux ! Il déciderait seul et c’est tout ! Et sa cour obéirait, et, sans hésitation le servirait quoiqu’il arrive….
Quand les nains auraient compris, il aviserait.
Mais au bout d’un moment, comme le temps passait, et que rien ne se produisait, il pensa que cela ne pouvait durer plus longtemps car les rouages de son administration risquaient, en leur absence, de se bloquer et que, par ailleurs, cela pouvait attirer sur lui l’attention de ses pairs…
Que faire dans ces conditions ?
Il révisa ses classiques, il cogita jour et nuit… et puis, soudain, brillante, lumineuse, l’idée jaillit dans son cerveau malmené, fatigué par tant de nuits blanches.
La formule magique ! Il avait retrouvé la vieille formule magique, celle du début du monde, celle qui permet au héros de se hisser au sommet… « Diviser pour mieux régner…. »
Aussitôt, il se mit à l’œuvre. Il essaya de monter un groupe contre l’autre, il essaya de rejeter la responsabilité de ses actes sur l’un d’entre eux en le désignant comme responsable des décisions qu’il avait prises, il essaya de les faire taire par leurs collègues de la ville, bref il se rendit si ridicule, si pitoyable, que les nains eurent presque pitié de lui…
Ensemble, ils se réunirent pour réfléchir à la question, et rapidement, surent ce qu’il fallait faire….
Zut, le livre est abîmé, il manque les dernières pages… Qui veut écrire la fin ?